Agroalimentaire : Mira la belle ou la nouvelle épicière d’Afrique

Depuis près d’une vingtaine d’année en Afrique et surtout au Bénin, les acteurs publics comme privés ont compris l’importance de l’agribusiness dans l’économie d’un pays. Ainsi le secteur de l’agroalimentaire a connu, depuis plus d’une décennie, une révolution qui a conduit au développement des jeunes entrepreneurs agricoles financés ou coachés par les institutions internationales ou la Banque Mondiale à travers plusieurs projets agricoles. Plusieurs secteurs se sont développés comme l’épicerie, les jus de fruits, etc.

Celle que le Magazine Le Nouveau Manager vous a rencontré dans ce numéro, est dans le secteur de l’épicerie. Elle a commencé ses activités tout récemment en 2013 avec 20.000 F CFA et n’a reçu l’appui d’aucun partenaire.

Diplômée d’une licence professionnelle en audit et contrôle de gestion à PIGIER, celle qu’on appelle affectueusement ‘’Mira la belle’’, nous raconte ici comment elle a commencé cette activité génératrice de revenu et les difficultés qu’elle a dû surmonter pour être à ce stade.

LNM : Bonjour Madame. Présentez-vous svp

Madame : Je suis Madame Mirabelle Michèle KANLINSOU Epouse SENOUGBE. Je suis diplômée d’une Licence Professionnelle en Audit et Contrôle de Gestion à PIGIER. Je suis mariée et mère de 02 enfants.

LNM : Comment vous vous êtes retrouvée dans le secteur de l’épicerie ?

Madame : A la fin de mes stages académiques et professionnels, les différents emplois que j’ai obtenus ne m’ont pas satisfait sur le plan de la rémunération. J’ai donc démissionné pour exercer le commerce que j’avais commencé depuis que j’étais à l’université.

Je suis, en effet, rentré dans le secteur de l’épicerie par une sœur en Christ qui est dans la même communauté de prière que moi, la Communauté Catholique Marie Mère de la Foi Audacieuse. C’est elle qui  qui tous les jeudi soirs après la prière expose sa marchandise pour la vente. Je lui ai donc demandé de m’initier et volontiers, elle a accepté. Nous sommes donc allés au marché Dantokpa – le plus grand marché de la sous-région ouest africaine- et nous avons acheté les ingrédients et j’ai commencé.

LNM : Les débuts ont-ils été difficile pour vous ?

Madame : Rien de bon et de concret que vous entreprenez n’a jamais été sans difficultés.  Quand je voulais commencer cette activité, j’ai reçu les critiques de ma mère et un refus catégorique de mon fiancé aujourd’hui mon mari. Mon mari qui travaillait dans un Grand groupe international avait opposé un refus catégorique, disant qu’elle ne peut pas épouser une femme qui va vendre du piment. Je l’ai donc convaincu qu’il ne s’agit pas de vendre du piment mais plutôt d’entreprendre quelque chose durable dans le secteur de l’épicerie au Bénin. Ce qu’il a accepté timidement. Il eût fallu qu’il trouve un nouvel emploi en janvier 2014 sur un projet d’agrobusiness piloté par une institution internationale agricole pour comprendre non seulement qu’il y a à faire et à gagner dans le domaine de la transformation agricole et surtout le secteur des épices. C’est lui d’ailleurs qui m’a aidé à faire les étiquettes et a donné une marque aux épices. Et aujourd’hui nous commercialisons les épices sous la marque ‘’Belles Epices’’.  

D’autres difficultés étaient relatives à l’emballage car j’avais commencé avec les bouteilles recyclées mais aujourd’hui les épices sont embouteillées dans des bouteilles en plastique. Mes premiers clients étaient constitués sur la base des relations que j’avais.  Actuellement mes épices sont exposées dans les rayons de plusieurs supermarchés de Cotonou, Porto-Novo et Calavi avec 15 produits.

LNM : Comment êtes-vous parvenus à établir une si grande marque d’épices qui trône dans les rayons des supermarchés ?

Madame : J’avais  commencé avec 4 produits que sont les ‘’9 Epices’’, le piment simple, le piment assaisonné au poisson et le poisson fumé qui sont tous moulus. A part les connaissances que j’avais comme client, j’ai décidé d’explorer les supermarchés  et d’y placer mes produits. J’ai commencé avec deux grands supermarchés et je livrais les épices pour 20.000 F par supermarché. C’était véritablement un parcours de combattant. Des fois vous amenez et on vous dit non. Avec l’accroissement des ventes, j’ai commencé par augmenter les produits et aujourd’hui avec l’aide et la grâce divines, la marque Belles Epices se retrouve dans les supermarchés et superettes avec 15 produits que sont ‘’9 Epices, Gingembre, Piment simple, Piment assaisonné au poisson, Poisson, Crevette, Poivre, Ail, Laurier, Lanhouin séché,  Curcuma, Curry, Cumin, Cannelle, et Assrokouin.

LNM : N’y a-t-il pas la concurrence dans ce secteur ? Comment vous vous en sortez ?  

Madame : Dans quel secteur, n’y a-t-il pas la concurrence. Mise à part la concurrence loyale à laquelle nous sommes confrontés avec d’autres marques il y a certaines personnes qui copient carrément ce que vous faites et elle livre dans le même supermarché et dimunie les prix. Par exemple C’est moi qui ai créé le produit ‘’9 Epices’’. Mais depuis quelques mois, je retrouve déjà ce même produit dans certains supermarchés. Il y a une véritable concurrence qui ne dit pas son nom. Malgré cela, ‘’Belles Epices’’ s’est imposée comme une marque d’Epices incontournable sur le marché du Bénin.

LNM : Il y a une rude concurrence, mais vous vendez quand même.   

Madame : Oui par la grâce de Dieu, nous vendons et notre chiffre d’affaire s’accroît de plus en plus. Quand nous avons fait le point au premier semestre, nous avons vendus plus que les deux dernières années. J’ai déjà écoulé près de 2000 boites d’épices au premier semestre 2017. Ce n’est pas encore ce que nous voulons, mais nous nous battons pour hisser ‘’Belles Epices’’ comme la plus grande marque d’Epices sur le Contient africain.  Et je suis entrain de peaufiner la stratégie avec

LNM : Comment entrevoyez-vous l’avenir de Belles Epices  

Madame : Vous savez selon la Banque Mondiale, le marché de l’agroalimentaire en Afrique pourrait atteindre 1000 milliards de dollars US donc nous voulons tirer notre part de marché. Donc je m’attelle avec l’aide de mon mari pour développer les stratégies nécessaires pour que les épices de marque Belles Epices soient consommées par tous les béninois et les africains. Nous travaillons à implanter la plus grande usine d’épicerie au Bénin qui puisse desservir toute l’Afrique de l’Ouest et après tout le contient et nous y parviendrons.

LNM : Quels conseils avez-vous à donner aux consommateurs ?   

Madame : Vous avez bien fait de poser cette question. Ce qui se passe chez nous en Afrique est très ahurissant. Non seulement beaucoup d’africains aiment consommer du cube, alors que nous savons que c’est un produit cancérigène, mais ils préfèrent ce qui vient de l’extérieur c’est-à-dire de chez les blancs. Nous avons beaucoup de richesses en Afrique dont les épices que nous cultivons et transformons sans produit chimique. Consommons ce qui fait en Afrique et au Bénin et nous allons contribuer au développement de notre continent par l’agrobusiness et donc à la croissance mondiale. L’Afrique ne figure que par un modique chiffre de 2 % dans le commerce mondial. Travaillons donc à développer les richesses de chez nous. Nous invitons les consommateurs à consommer les produits ‘’Made in Africa’’ et  ‘’Made in Bénin’’ qui sont sans conservateur et sans ajout chimique.

LNM : Quel appel avez-vous à lancer aux jeunes qui ne veulent pas s’auto employer ?

Madame : Le marché de l’emploi étant ce qu’il est au Bénin, je les invite à fouiller et embrasser un secteur et qu’il arrive à s’imposer dans ce secteur. On n’a pas besoin de beaucoup de moyens pour cela. Moi j’ai commencé avec 20.000 F CFA. DANGOTE a commencé avec une modique somme. Donc nous avons l’avenir devant nous et il faut que nous arrivions à travailler, nous les nationaux, à maitriser l’économie de notre pays comme au Nigéria. Le marché de l’agroalimentaire est encore vierge en Afrique et il y a beaucoup de chose à faire.    

Le nouveau Président de la Banque Africaine de Développement, le nigérian Akinwumi Adesina, a dit récemment : « Ce que l’Afrique fait pour l’agriculture n’est pas seulement important pour elle, mais façonnera l’avenir de l’alimentation dans le monde ». Il faut que nous travaillions à montrer à la face du monde que nous pouvons faire beaucoup de choses qui vont impacter le monde.

LNM : Avez-vous un appel à l’endroit des partenaires ?

Madame : Je n’ai été soutenu par aucun partenaire ni financièrement ni matériellement. Je suis opératrice économique et tout ce que je demande est que notre gouvernement ou notre Etat puisse comprendre que l’agrobusiness peut largement contribuer au développement économique de notre nation. Vous savez le Nigéria est un pays producteur de l’huile de palme et malgré cela, ils importent encore plus de 2.000.000 de tonnes par an de la Malaisie et de la Thaïlande. Et  nous, nous sommes à côté d’eux et incapables de leur fournir 30.000 tonnes l’année alors que nous sommes les premiers à amener cette plante en Afrique par le biais de notre roi GHEZO. Donc nous péchons contre la nature.

LNM : Votre dernier mot  

Madame : Je remercie le Tout Puissant de m’avoir établi dans ce secteur. Aujourd’hui, je ne manque de rien, même si de petites difficultés subsistent. J’invite les jeunes à renter dans l’entreprenariat agricole pour que nous puissions contribuer au développement économique de notre pays.

Nos Epices sont en vente dans les supermarchés, à Cotonou Mont Sinaï, Franc Prix, Erevan, (Aéroport Ganhi, et Akpakpa) Monotex, Supermarché du Pont (Haie Vive, Akpakpa) Bénin Marché (Mènontin, Fidjrossè, Sènadé, Sègbèya, Cocotomey), Label Bénin, Calavi (Espace Scyca, Azima Store, Le Nil), Porto-Novo (Championne)  

 

Réalisé par SENOUGBE Fulgence

 

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