
BONJOUR MR EZIN PRESENTEZ VOUS A NOS LECTEURS ?
Régis EZIN à l’état civil, E-Ray pour certains qui m’ont connu dans la musique. Je suis un trentenaire Béninois passionné par l’entreprenariat, j’aime bien me définir comme serial-entrepreneur. Aujourd’hui, l’une de mes activités principales consiste à faire la promotion des valeurs culturelles nationales, notamment à travers l’agroalimentaire identitaire comme j’aime bien l’appeler.
DEPUIS QUELQUES ANNEES VOUS ETES DEVENU UNE ICONE POUR LA PROMOTION DE L’AUTO EMPLOI PARLEZ NOUS DE VOS DEBUT DANS L’ENTREPRENEURIAT AU BENIN.
Je ne saurais vraiment où mettre le point de départ. Mais quand on a la fibre, on se rend compte, en faisant un petit flashback, que rien n’est si nouveau, et qu’on essayait pas mal de choses depuis longtemps. Au lycée, je me souviens qu’avec un ami, Steve ADAMON qui aujourd’hui possède un des meilleurs studios graphiques de la place, on concevait des bandes dessinées. Lui faisait les dessins, et moi j’écrivais les histoires – parce que l’écriture est ma passion première-. Ensuite, après le coloriage, on multipliait les exemplaires qu’on vendait pour gagner un peu d’argent. Et ce genre de choses, je l’ai fait pendant un bon moment ; je vendais des posters, des paroles de chansons des boys bands et compagnies à l’époque. Ensuite lorsque je me suis mis dans la musique, et notamment quand je me suis lancé dans ma carrière solo, j’ai beaucoup plus vu les choses comme un business qu’une passion uniquement. La musique a donc été pour moi une façon de faire mes armes dans le business. Et pour la petite histoire lorsque mon dernier album est sorti fin 2010 ; l’album ERAYZISTIBLE, on a décidé avec mon manager de l’époque Jasmin AHOSSE-GUEZO, d’adopter une stratégie de vente terrain, parce qu’on n’a pas de circuit de distribution au Bénin, ce qui plombe les ventes en plus de la piraterie. Ce qu’on a décidé de faire, et ce pendant quasiment six(06) mois, consistait à vendre nous-même l’œuvre après son lancement. En gros on a fait du street marketing et le résultat a été automatique et positif. On partait à 08H, on ne rentrait pas avant 23h-minuit, on passait par les bars et restaurants qui sont fréquentés par les jeunes cadres et ceux qui ont un certains pouvoir d’achat. Une fois qu’on était sur place, on mangeait ou on prenait un pot, et on en profitait pour faire notre « marché » (sourire), ensuite on se rendait dans une école supérieure, à midi on revenait dans un autre restaurant, ainsi de suite jusqu’au soir. Et sans faire de bruit, on a vendu énormément de disques. Notre record de vente journalier, si je ne me trompe pas, était d’un peu moins de 100 CDs. 100 CDs vendus en une seule journée grâce à cette « technique ». Donc, globalement, la fibre entrepreneuriale je pense que je l’aie. Il ne s’agit pas uniquement de gagner de l’argent, c’est également l’envie de pourvoir faire les choses autrement, de pourvoir innover, créer et c’est un peu ça qui m’a amené à l’aventure « KLUIKLUI D’AGONLIN ».
PROMOTEUR DE KUKLUI D’AGONLI PARLER NOUS DES DEBUTS DE CETTE INITIATIVE DES DIFFICULTES RENCONTREES ET OU VOUS EN ETES AUJOURD’HUI ?
Je dirais que c’est une aventure qui a démarré un peu comme ça, comme on dit. Un soir, alors que je délayais du gari, je me suis demandé pourquoi le fameux kluiklui n’avait jamais été différent, plus esthétique, mieux apprivoisé. Dès le lendemain, avec un budget de 15.000FCFA (je tiens à le préciser à chaque fois que je le peux, parce que c’est la preuve qu’on peut démarrer des choses sans attendre de gros moyens, même si avec le temps on fait de l’investissement supplémentaire). J’ai testé cette initiative. J’ai fait acheter quelques bouteilles de sérum qu’on a recyclées, on a sorti un logo rapidement et on l’a sorti avec une petite imprimante de bureau sur du papier ram standard, puis on a posé ces pseudo étiquettes sur les bouteilles, une fois qu’elles étaient lavées et séchées, avec de la colle d’écolier. Puis on remplissait à la main les petites bouteilles. Ce qu’on avait fait de différent, dans un premier temps, c’était la forme ; on était parti sur quelque chose de plus esthétique, de plus facile à manger, qui évite qu’on casse. Donc c’est déjà sur l’aspect morphologique même du kluiklui qu’on a voulu travailler pour créer une rupture avec les formes traditionnelles que l’on connait depuis des siècles. C’était résolument le but : changer un peu, amener un souffle nouveau à un produit qui est consommé partout dans notre pays, mais qui avait une image un peu archaïque. Un produit considéré à tort comme le produit du pauvre alors que ça n’a rien à voir. Dans toutes les familles béninoises, vous avez au moins une personne qui mange du kluiklui, et le pari c’était justement de rendre ce produit glamour.
Les difficultés, il y en a eu de toutes sortes et il y en a encore d’ailleurs. C’est justement ça le parcours d’un entrepreneur et ça n’en finit jamais. Les débuts ont été assez difficiles, puisqu’il y avait beaucoup de réticences de la part des gens qui m’entouraient hormis quelques cas. On ne comprenait pas pourquoi après avoir étudié à l’étranger et fini major de promo, être rentré au pays, avoir la possibilité de travailler ici ou là avec un bon salaire à la clé, il fallait qu’en plus de mon agence de communication que j’avais créé un an plus tôt, je me mette à vendre du kluiklui. Ca paraissait un peu comme un non-sens pour beaucoup ; c’est le mental qui m’a permis de tenir. L’envie d’aller au bout parce que je croyais en ce que je faisais. Ensuite, ce qui a été difficile c’est également la stratégie de prix choisie. J’avais une vision bien précise qui m’avait poussé à fixer mon prix de vente à 1.000FCFA la bouteille (notre premier contenant). Aujourd’hui, nos emballages ont beaucoup évolué et sont en plastique alimentaire. Le prix de 1.000FCFA, inchangé à ce jour , était forcément critiqué. On me demandait sans cesse quelle était la valeur ajoutée qui pouvait justifier un tel prix quand on sait qu’on peut avoir du kluiklui pour 50FCFA ou 100FCFA sur les étals dans la rue. Il a fallu un gros travail de marketing, de communication, de sensibilisation pour que les consommateurs comprennent que les nombreux efforts fournis en amont avaient un coût. Aujourd’hui, je ne dirai pas que ce pari est entièrement gagné, mais il est en train de l’être progressivement, parce que de plus en plus de personnes sont conscientes du travail que nous abattons pour moderniser, standardiser, valoriser le kluiklui, ainsi que les autres richesses culinaires que nous possédons. De plus en plus conscients de cela, les consommateurs sont plus enclins à mettre le prix qu’il faut. Un autre problème que rencontrent nombre de jeunes entrepreneurs est celui du financement. Lorsque vous avez des idées, que vous les poussez un peu et qu’elles commencent par donner des signes de succès probables, vous savez que sans financement, sans ressources, vous ne pourrez pas véritablement décoller. Et nous sommes dans un environnement où il n’existe pas de business-angels (déclarés en tout cas), et où on a plus de banques de commerces que de banques d’investissements et où il est donc difficile de lever des fonds sans TF, le mot magique (sourire), voilà… Il y a certes des sources de financements, mais qui ne sont pas forcément très intéressantes et qui sont très contraignantes. Donc il y a ce problème crucial, celui du nerf de la guerre, auquel nous sommes confrontés, mais nous cherchons des solutions pour pourvoir avancer.
Dernier point dont je pourrais parler dans la catégorie ‘défis d’entrepreneurs’, au-delà du financement, c’est le problème de ressources humaines. C’est difficile à dire mais c’est vrai. Autant on scande qu’il y a un taux de chômage élevé, autant on a du mal à trouver des collaborateurs motivés, impliqués, engagés, et bosseurs. Je ne vais pas parler de compétences, car c’est un terme devenu polémique (rires), mais il faut bien reconnaître que le niveau a considérablement baissé, même s’il subsiste quelques pépites, quelques personnes qui arrivent à ne pas se laisser complètement diluer par ce système. Malgré ça, les qualités personnelles ou humaines je dirais, manquent souvent. Il faut bien distinguer les qualités professionnelles des qualités humaines. Les deux sont très importantes et j’ai tendance même à dire que la deuxième catégorie devrait souvent primer lors du choix. Si vous n’avez pas de collaborateurs motivés, volontaires, prêts à comprendre où vous allez et décidés à bâtir un empire avec vous, honnêtes, engagés, vous n’irez nulle part. Vous avez beau connaitre votre destination, vous avez beau avoir des compétences multiples, vous n’avez ni quatre mains, ni trois cerveaux, et le temps jouera donc contre vous. Hélas, la culture d’entreprise est un concept mal intégré par chez nous. L’implication pour une bataille collective semble être en désaccord avec notre système de pensées, ce que plusieurs entrepreneurs de ma génération déplorent. Je pense que nous allons progressivement chercher ces solutions, et on va devoir les trouver de toute façon car il faut bien, si l’on a l’intention de bâtir des empires.
ÉCRIVAIN, CHANTEUR, DIRECTEUR DE PUBLICATION, HOMME DU SOCIAL AVEC L’ONG FA, AFRO OPTIMISTE ETC…QUELQUE EST LE SECRET DE REGIS EZIN ?
Régis EZIN : Je n’ai pas de secret. Je suis passionné. Si je devais vous répondre, je dirai la passion, je suis passionné par les choses que je fais, parce que je ne choisis que des projets qui me passionnent. Comme j’ai coutume de le dire, si vous vous lancez dans une voie uniquement pour gagner de l’argent, vous ne réussirez pas. Vous gagnerez peut-être cet argent mais vous ne serez pas heureux. Il faut choisir des choses qui vous plaisent, qui vous passionnent, qui vous torturent l’esprit à la limite, c’est une douleur jouissive. Le cas échéant, vous vous impliquez tellement que ça devient naturel de fournir trois, quatre, cinq fois plus d’efforts que d’autres personnes à la tête de leurs projets. Donc cette passion, elle vous mène forcément loin parce que vous avez tendance à en faire plus que la normale et plus que la moyenne. Logiquement, ça multiplie vos chances de réussite. Et j’ajouterais à la passion, le travail. J’ai toujours été un amoureux du travail, j’aime que les choses soient faites et surtout qu’elles soient bien faites. L’envie d’innover, de faire des choses différemment, de faire les choses que j’aime, d’aller de l’avant, de créer et d’inspirer les autres, voilà ce qui me booste.
LES JEUNES AU BENIN VEULENT SE LANCER TOUS DANS L’ENTREPRENEURIAT AU BENIN QUELS SONT VOS CONSEILS A LA JEUNESSE ?
Il m’est souvent difficile de répondre à cette question ; ce serait prétentieux de parler de conseils. Je suis moi-même encore à mes débuts, je ne peux parler de conseils mais donner des avis, oui je le peux. Si je devais donc donner des orientations, je dirais ceci: il faut faire attention à ne pas tomber dans le piège de la mode. Aujourd’hui, l’entreprenariat est brandi par plusieurs organisations internationales, de nombreux gouvernements, etc. comme une panacée. Bien évidemment, il faut plus d’entrepreneurs, il faut un écosystème économique beaucoup plus développé, mais ce n’est pas une panacée, ce n’est pas la solution à tous les problèmes. Si vous n’avez pas le profil pour être entrepreneur, vous serez un piètre entrepreneur, et c’est aussi simple que ça. Il y a des gens qui ont un mental, une façon de voir les choses qui favorisent leur réussite dans cette voie-là. Dans le même temps, si vous prenez quelqu’un qui excelle dans l’entreprenariat et que vous l’intégrez à une multinationale pour qu’il y fasse carrière, il sera peut-être un piètre cadre et de la même façon il y a des cadres excellents, qui atteignent les cimes d’un groupe, qui franchissent tous les postes et qui seraient portant de très mauvais entrepreneurs. Il faut avant tout chercher à se connaitre et savoir ce pour quoi l’on est fait ; il ne faut aller à l’entreprenariat uniquement par défaut parce qu’on n’a pas de boulot ou parce qu’on entend partout et qu’on lit partout que c’est la prétendue clé. Il faut se poser la question de savoir « est-ce que je peux être heureux en étant entrepreneur ? Est-ce que je peux le faire et est-ce que je peux réussir ? » Entreprendre est un sacerdoce, avant tout. Prenez les histoires ou les biographies de tous ceux que vous connaissez à l’échelle internationale qui sont arrivés à des niveaux assez élevés en tant qu’entrepreneur, et vous réaliserez que ce sont des gens qui ont fait de gros sacrifices, qui ont accepté de galérer, de trimer, qui ont bossé comme des forcenés et qui continuent à bosser d’ailleurs, qui ont fait l’impasse sur pas mal de choses dans leur vie, qui ont une rigueur incroyable avec eux-mêmes et qui restent dans cette voie malgré les difficultés parce que ça leur procure du bonheur. Alors, cherchez déjà à connaitre votre voie, à vous connaitre, et si vous voulez vraiment être entrepreneur à partir de cet instant-là, la première qualité qu’il vous faudra c’est la résilience. Il faut accepter dès le départ qu’on va tomber plusieurs fois, il faut l’intégrer et ne pas le prendre pour une fatalité afin de pouvoir se relever rapidement, aller de l’avant tout en essayant d’avoir toujours plusieurs coups d’avance ; parce que vous n’êtes jamais seul sur un créneau et si vous êtes seul vous ne le serez pas longtemps. I faut avoir un coup d’avance, voir loin, ne pas vouloir gagner 1Million en 1 mois prochain, si on peut faire des sacrifices pour en gagner un 50 l’année d’après ; savoir regarder à long terme et ne pas avoir une vision courte rmiste.
DITES NOUS AVEZ VOUS ETE SOUTENUE DANS VOS DIFFERENTES INITIATIVES ET QUELLE SONT VOS CONSEILS POUR CEUX QUI VEULENT ENTREPRENDRE SANS SOUTIEN FINANCIER.
Alors moi j’ai commencé avec 15.000 FCFA comme je l’avais dit tantôt. Par la suite, progressivement, j’ai injecté un peu d’argent personnel tout doucement, c’est ce qu’on appelle investir sur fonds propres, mais cela finit par vous prendre à la gorge. Donc, entre mi 2013 -où on a commencé timidement l’aventure- et 2015 où j’ai créé une société en bonne et due forme, je n’ai pas eu de soutien extérieur. Depuis 2015, année de création de la société IRIDIUM Sarl qui est en charge des produits de la marque Dayélian, je n’ai pas eu de soutien financier particulier non plus. Mais le soutien moral de mes proches est une grande richesse. Aujourd’hui, nous nous trouvons dans une phase avancée qui oblige à rechercher du soutien financier. Des pistes sont en cours d’étude et nous avons bon espoir. Car il y a des opportunités qui s’offrent à nous et dont nous ne pourrons jouir que si nous investissons préalablement de fortes sommes. C’est la règle, c’est la loi. Vous tournez en rond avec vos moyens et à un moment donné, il faut pouvoir injecter suffisamment d’argent pour passer à une autre vitesse.
VOTRE MOT DE FIN ET QU’ELLES SONT VOS PERSPECTIVES POUR LE FUTUR.
Merci au magazine « Le nouveau manager » et à son promoteur, mon frère et ami Modeste. J’encourage le magazine à aller de l’avant, je vois à quel point le promoteur a de l’ambition et de la vision et je sais qu’il veut porter haut le flambeau du Bénin et de l’entreprenariat. Pour ce qui est des perspectives, restons optimistes ! Il y a un élan de solidarité actuellement au niveau la nouvelle génération d’entrepreneurs, une véritable vision, l’envie de s’imposer à l’échelle internationale et c’est cette dynamique communautaire qui va nous permettre de marquer notre temps et d’inscrire le Bénin sur la liste des nations qui comptent en termes de business et d’entreprenariat. D’ici la fin de l’année 2017, mon équipe et moi porterons encore plus haut les couleurs du Bénin avec la marque DAYELIAN, nous y travaillons et nous ne décevrons pas ceux qui croient en nous. En attendant je vous invite à consommer les produits DAYELIAN qui sont disponible un peu partout, le Kluiklui d’Agonlin, le Coco Râpé saveur Citronnelle et Noix de Muscade, le Gari sous différentes saveurs, la Noix de Cajou, l’Arachide et bien d’autres à venir. Faites-vous plaisir, soutenez l’entreprenariat, défendez les valeurs nationales et soyons fiers d’être Béninois.
Réalisé par AYI Emmanuel
