
Le Nouveau Manager : Présentez-vous à nos lecteurs?
Mme DOSSA AGBASSI Rachelle: Je m’appelle Mme DOSSA AGBASSI Rachelle et je suis revendeuse de poissons frais au port de pêche de Cotonou.
Le Nouveau Manager : Depuis combien d’années êtes-vous dans ce commerce et parlez-nous un peu de vous et de ce secteur d’activité méconnu du grand public
Mme DOSSA AGBASSI Rachelle: Au départ je n’ai rien appris comme métier. J’ai arrêté l’école et très tôt j’ai voulu faire le commerce. J’ai eu l’aide de ma mère qui m’a soutenu en me donnant un petit capital de départ de 30 000frs cfa il y a près de 30 ans. J’ai commencé à acheter les poissons chez les pêcheurs et à les revendre aux clients et aux ménages. Ce secteur est en deux parties, nous avons les pêcheurs, des hommes braves qui vont sur la mer pour pêcher et les revendeuses qui rachètent toutes leurs cargaisons. Je suis dans ce commerce depuis trente ans. Moi personnellement je rachète les poissons de mon mari qui a deux bateaux et celui des autres pêcheurs.
Le Nouveau Manager : A combien achetez-vous le poisson et quel est son prix de revente ?
Mme DOSSA AGBASSI Rachelle: Avant les pêcheurs revenaient avec beaucoup de poissons de la mer. Mais actuellement la mer ne donne plus beaucoup de poissons. On achetait des caisses de poisson de 25 kg entre 20 000 et 25 000 frs cfa mais aujourd’hui nous prenons la caisse à 70 000 frs cfa. Nous prenons selon les quantités pêchées, parfois 10, 15 ou 20 caisses ca varie selon la quantité de poissons ramenés de la mer. Quand nous achetons la caisse à 70 000 frs cfa, le poisson nous revient à 2800 frs cfa le kilogramme. Après l’achat il faut ajouter l’entretien l’eau et la glace à acheter sur le poisson pour conserver le poisson. On revend le poisson à 3200frs ou à 3300frs, soit la caisse 80 000 frs cfa ou à 82500 frs cfa. Après avoir enlevé toutes les charges on gagne au moins 8 000frs cfa par caisse vendue.
Le Nouveau Manager : Pensez-vous que le commerce de revendeuse de poisson est rentable ?
Mme DOSSA AGBASSI Rachelle: Oui ce commerce est rentable. Tu gagnes au moins 8 000frs cfa par jour par caisse vendue et tu conserves toujours ton fonds de commerce. Si tu vends 10 dix caisses tu as 80.000 frs de bénéfice et 800.000frs de chiffre d’affaires. Mais c’est aléatoire. Il y a des jours nous ne vendons pas beaucoup où les pêcheurs ramènent très peu de poissons.
Le Nouveau Manager Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans ce commerce ?
Mme DOSSA AGBASSI Rachelle: La grande difficulté liée à ce commerce est que le marché est flexible et instable. Il arrive des jours où le poisson ne se vend pas et on n’est obligé de le revendre à moindre coût aux vendeuses de poisson fumé. Le deuxième problème c’est l’insolvabilité de certains clients ou leur retard de paiement, c’est le cas des hôtels. Notre troisième difficulté c’est la conservation des poissons. Les poissons achetés chez les pêcheurs paraissent en bonne état mais des fois se révèlent mort et pourrissent. C’est une perte pour nous car le poisson vendu est vendu donc pas de reprise possible ni de dédommagement.
Le Nouveau Manager : Quel conseil avez-vous à donner à vos sœurs à la recherche de l’emploi ou des gens qui disent qu’il n’y a pas de boulot dans le pays ?
Mme DOSSA AGBASSI Rachelle: Il est bien de faire du commerce car en tant que femme il faut se trouver une occupation. Le choix de métier varie selon la mentalité de chaque femme. Certaines femmes aiment les métiers de coiffeuse, couturière d’autres non. Moi par exemple le jour où je laisserai ce commerce soit ma fille ou ma petite fille prendra forcément la relève car mes enfants ont grandi dans cet environnement comme cela a été mon cas. Il est vrai que ce commerce est difficile mais il suffit juste de persévérer et on arrive à trouver son gagne-pain. Ce n’est que ce commerce qui me nourrit depuis plus de trente ans et m’a permis de m’occuper de mes enfants qui ont tous été à l’école. J’ai construit ma propre maison, mon mari a aussi la sienne.
Le Nouveau Manager : Comment le marché de poisson est organisé au port de pêche de Cotonou ?
Mme DOSSA AGBASSI Rachelle: Les pêcheurs vont sur la mer à partir de 3hr du matin. Ils reviennent à partir de 10hr jusqu’à 15h. Les pêcheurs gagnent beaucoup d’argent des fois ils vendent pour 1million et voire même plus. Nous nous achetons directement les poissons nous ne payons aucune taxe mais les pêcheurs payent des taxes. Chaque groupe à une association les pêcheurs ont la leur. Nous les revendeuses notre association s’appelle « EDJEATCHO » qui nous permet de nous entraider.
Le Nouveau Manager : Quelle aide avez-vous à demander aux autorités ?
Mme DOSSA AGBASSI Rachelle: Il faut que les autorités mettent en place des dispositifs et des équipements techniques nous permettant de vite secourir nos pêcheurs en cas d’accident. Ce sont nos maris, nos frères, nos enfants. Parfois ils sont percutés par les grands navires et sans moyen efficaces de sauvetage tout l’équipage périt en mer. C’est le deuil pour beaucoup de familles.
Le Nouveau Manager : Un mot de fin
Mme DOSSA AGBASSI Rachelle: Je tiens à remercier le promoteur de ce magazine Le Nouveau Manager qui a pensé à nous. Aucune personne ne se soucie du quotidien difficile des femmes de ce port de pêche. On a vu aucun ministre ni maire qui soit venu nous rendre visite ici. Nous voulons voir notre président et d’autres autorités s’intéresser à notre situation parfois de précarité.
