YERIM SOW OU LA MAIN DE MIDAS

YERIM SOW OU LA MAIN DE MIDAS

De la Côte d’Ivoire au Sénégal, en passant par le Mali ou encore la Suisse, Yerim Sow n’a pas émoussé la réputation qui lui est faite de transformer tout ce qu’il touche en or. En 20 ans à peine, le Sénégalais a érigé un véritable empire –baptisé Teylium International- qui suscite admiration et convoitise. Bosseur, discret, visionnaire, pionnier, le tycoon –comme on le surnomme- fascine. Et il y a de quoi…

De l’aisance à l’opulence

44 ans, 1, 85 m, une fortune estimée à quelques 150 milliards de F CFA, Cheick Yérim Habib Sow fait rêver les jeunes entrepreneurs africains et défie les clichés relativement répandus sur la nonchalance des businessmans francophones. Son bagage académique, c’est à l’Université de Montréal puis à celle de Boston qu’il l’a acquis, après avoir obtenu son Bac à Dakar. S’il a grandi dans la « haute société », Yeriw Sow n’a jamais attendu que l’on fasse le « job » à sa place. A en croire ses proches, « il a toujours eu le sens des affaires ». Petit, il revendait des babioles qu’il ramenait de voyages, en se faisait une marge ». Pour avoir une telle passion pour l’initiative entrepreneuriale alors que l’on ne manque de rien, il faut avoir le goût du business. Lorsqu’il décide de se lancer dans les affaires, il crée Direct Acces (société spécialisée dans l’informatique), à la fin des années 80, mais ne deviendra pas le Bill Gates Africain comme il l’espérait. Six ans plus tard, il arrive à mobiliser un colossal capital estimé à 1 milliard (source Jeune Afrique) de F CFA pour rebondir. L’auteur de ce généreux coup de pouce ? Son père, un entrepreneur à succès lui aussi. Il lance alors Access Telecom (détentrice d’une licence de radiomessagerie), en 1994, commercialise les ‘pagers’  encore quasi inexistants en Afrique sub-saharienne, et fait mouche au Sénégal et en Côte d’Ivoire. La locomotive Sow est alors en marche.

Aujourd’hui, sa Holding Teylium, enregistrée à Maurice et dont la Direction Générale se trouve à Genève, réalise un chiffre d’affaires annuel de plusieurs dizaines –voire centaines- de milliards de F CFA et ne laisse rien filtrer de la réelle surface financière générée par ses activités multiples.

Des coups de maître

L’homme a la réputation d’être impitoyable en affaires ! Comme toutes les grandes fortunes mondiales, il investit dans des secteurs divers : télécoms, immobilier, finance, etc. Bref, une question de flair et de timing….mais aussi de travail. Yerim Sow est de ceux qui savent qu’il faut « travailler plus pour gagner plus ». Il lui arrive d’enchaîner dix-sept heures de boulot par jour. Un régime hors-norme qu’il a du mal à ne pas voir ses collaborateurs adopter.

Les « bonnes affaires », on peut aisément dire que c’est « son truc ». En 1996, il crée Loteny Telecoms, en partenariat avec Telecel. En 2001, il lance Teylium International pour chapeauter l’ensemble de ses activités et prend des participations dans le centre d’appels PCCI. En 2002, il construit l’immeuble Trilenium à Dakar, imposante tour abritant appartements et bureaux de standing. Quelques années plus tard, Jackpot ! MTN lui rachète 51% des parts de Loteny Telecoms pour 76 millions d’euros (50 milliards de F CFA), soit 17 fois le capital de la société. Voilà ce qui a rendu Yerim Sow extrêmement riche ! Aujourd’hui, son groupe possède 15% de MTN Côte d’Ivoire. En 2006, il acquiert 5% d’African Financial Holding qui deviendra par la suite BOA Group. Aussi lance-t-il officiellement la banque Bridge Bank Group à Abidjan, en partenariat avec Pape Diouf, fils de l’ancien Président Sénégalais Abdou Diouf et patron de la banque d’affaires Linkstone Capital. Autre coup de poker à son actif ivoirien : le rachat de 85% des parts de la Continental Beverage Company (ancien projet inabouti de George Weah) et installe une usine à Bonoua, ville natale de Simone Gbagbo, alors Première Dame. Sa réussite fulgurante ainsi que ses acquis solides lui permettent de diversifier ses intérêts. Ainsi, son groupe s’offre 60% du guinéen Intercel et 70% de T+, deuxième opérateur au Cap-Vert.

Investisseur inlassable, l’icône sénégalaise achète en 2008 un sublime appartement (de plus de 250 m2), d’une valeur de 10,3 millions de dollars, à Central Park, en plein cœur de New-York. Cette acquisition n’était pas un caprice de milliardaire mais plutôt un moyen de gagner –encore une fois- de l’argent ; puisque quelques années plus tard, il revend ce bien quasiment au double de son prix d’achat. De retour à Dakar la même année, après un long séjour ivoirien (même s’il passe le clair de son temps à Genève), le milliardaire de la Terranga s’associe à Karim Wade pour créer le Radisson Blu, un hôtel de luxe dressé sur la corniche de la capitale. En 2010, une extension commerciale est rajoutée à cet immeuble. Il s’agit du premier mall sénégalais, le Sea Plaza. Coût du complexe : 50 millions d’euros, soit quelques 30 milliards de F CFA. Un Radisson à Douala, le Chain Hôtel Bénin actuellement en pleine édification, ces investissements dans la pierre se multiplient et traduisent son désir d’élargir ses affaires dans les domaines de l’hôtellerie de luxe et de l’immobilier –il veut bâtir l’un des 5 plus grands groupes hôteliers en Afrique-, domaines dans lesquels il travaille de concert avec l’empire familial, spécialisé dans le BTP.

Les empreintes de ses réalisations se retrouvent aux quatre coins du Sénégal, mais également en Côte d’Ivoire, au Mali, en Guinée, au Cap-Vert, à Maurice ou encore en Suisse. Propriétaire de deux avions –qu’il loue-, d’une villa abidjanaise cossue –mise en vente pour 2 millions d’euros-, de la maison la plus chère du marché suisse (37 milliards de F CFA) –également mise en vente-, le tycoon s’est récemment fait construire un palace à Dakar, près du palais présidentiel : 400 m2 de métal chromé, de pierres, de marbres, un cinéma, etc. Cet homme qui mène la grande vie à l’ombre des agitations médiatiques envisagerait d’élargir son portefeuille en infiltrant le secteur des mines et des hydrocarbures.

Mystérieux et énigmatique

On peut être une des premières fortunes d’Afrique de l’Ouest, adulé par les femmes, les jeunes et même les hommes et garder son humilité, ses valeurs et surtout son intimité. Voilà en tout cas, la philosophie du quadragénaire au bouc poivre-sel ; pour preuve, il n’existe qu’une infime quantité de photos sur lesquelles on le retrouve. Héritage paternel ? Probable ! Car Sow père était connu pour être peu démonstratif et rester loin des spots des médias. Sur ces traces donc, le jeune magnat sénégalais entretient une sorte d’absence-présence (tout le monde le connaît sans le connaître) qui nourrit par ailleurs la rumeur. Si certains louent sa générosité et sa simplicité, d’autres tambourinent une prétendue froideur, du rigorisme et que sais-je d’autre. Comment savoir qui dit vrai quand l’homme refuse systématiquement les demandes d’interviews des média –même des plus influents- et préfère ne se concentrer que sur ses affaires. La venue au monde de ses deux enfants (En 2002 et en 2008) l’a rendu davantage discret. Essayez donc de lui mettre la main dessus…

Puissant et discret

Yerim Sow est puissant ! C’est une lapalissade. Son cercle familial lui a certainement facilité certaines connexions de premier choix, dès ses débuts. Quand on est le fils d’Aliou Sow, fondateur de la Compagnie Sahélienne d’Entreprise (groupe de BTP prospère et influent) et de la sœur d’un ancien ministre d’Houpheit Boigny, cela laisse quelques bonnes cartes à jouer en début de partie. Mais cela n’enlève en rien le mérite de ce requin, qui a su se faire sa place dans l’establishment des affaires ouest-africain. Stratège, fin calculateur, l’homme a su, par ses réalisations et ses actions mesurées, se construire un réseau des plus influents. On chuchote qu’il est proche de Karim Wade ; ses amitiés (uniquement d’affaires ?) avec le clan Diouf sont connues ; l’estime que lui vouait Simone Gbagbo n’était un secret pour personne à Abidjan ; Bernad Koné Dossongi –patron du Groupe Atlantique, Charles Konan Banny et bien d’autres personnalités de poids du continent –et d’ailleurs- sont tous des prétendus proches du Big Boss de Dakar. Mais une fois encore, l’homme et son entourage maintiennent le flou le plus total sur les on-dit et les suppositions.

Sa fortune est peut-être encore loin de pouvoir concurrencer celles des magnats nigérians ou sud-africains, mais Yerim Sow a de la ressource et n’est pas prêt de se reposer sur ses acquis. Son rêve : intégrer le très restreint cercle des milliardaires du magazine Forbes. Il n’y aurait aucune surprise à ce qu’il y parvienne dans les prochaines années. La saga suit son cours, suivez les épisodes…mais de loin. Car avec le Tycoon, il n’y a rien à voir, rien à savoir….

Auteur ALISSOUTIN BAUNESTE

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